Quelles missions d’attaché de presse politique ?

Juste avant les élections de mars 2014, j’ai répondu à quelques questions de Vianney Huguenot pour un livre sur les relations publiques en politique, alors en qualité d’attaché de presse à la mairie de Montreuil. Avec l’autorisation de l’auteur, je reproduis l’interview.

C’est publié dans Réussir ses relations presse, chez Territorial.

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1/ Comment définiriez-vous le métier d’attaché de presse ?

« Je le définis comme une interface entre la personnalité ou l’institution et les journalistes. C’est aussi un des diffuseurs de la parole, via les communiqués de presse, parole qu’il peut contribuer à modeler selon son statut, ses responsabilités, sa relation directe avec l’élu, son indépendance, ou pas, vis-à-vis d’une hiérarchie. »

2/ L’attaché de presse a plutôt mauvaise presse auprès des journalistes, jugé plus « empêcheur » que « facilitateur ». Partagez-vous ce constat ? Comment l’expliquez-vous ?

« Ce constat n’est ni vrai ni faux. L’attaché de presse ne diffuse que ce qu’il veut, mais il est aussi là pour aider le journaliste dans ses recherches, dans la limite des compétences et de la ligne à tenir évidemment. Son principal pouvoir de nuisance est la rétention d’information, une rétention de plus en plus difficile à tenir étant donnée la facilité avec laquelle un journaliste peut trouver d’autres sources (humaines ou documentaires). Mais dans des relations normales de confiance et sur des sujets non polémiques, le travail se fait en bonne intelligence. »

3/ Quelles sont, selon vous, les principales qualités requises pour exercer efficacement ce métier ?

« L’anticipation et la capacité à savoir s’effacer. On n’est pas là pour parler, mais pour passer la parole. Et mieux vaut souvent préparer cette parole. »

4/ Développer une relation de confiance et de complicité, tant avec les médias qu’avec l’élu, l’artiste, l’entreprise ou l’institution pour laquelle œuvre l’attaché de presse, est-il facilement gérable ? A quelles conditions ? Cela ne peut-il aboutir à une forme de schizophrénie ?

« La schizophrénie, si elle existe, est surtout dans la relation avec la presse, pas avec les élus ni le cabinet. Quand la tension est trop forte pour cause de divergence d’opinion (qui se ressentira forcément dans les articles) la relation se limitera strictement à un point de vue professionnel. Ça peut être froid, mais le pire serait de couper le lien. »

5/ En quoi l’apparition des réseaux sociaux a-t-elle bouleversée les missions et métier d’attaché de presse ?

« Elle a bouleversé la donne car tout le monde peut prendre la parole, tout le temps. Au niveau local, en quatre heures à peine, une personnalité peut ouvrir son compte Twitter et alerter la presse. Ce n’était pas impossible auparavant mais il fallait un peu plus de temps et de connaissance.

Le travail des relations presse peut aussi s’en trouver compliqué si un élu prend la parole et brouille le message “officiel” sur son Facebook.

Enfin, et là c’est positif, le web a rendu possible la diffusion de message sans passer par la presse. Quoi qu’il arrive, nous avons l’assurance que la source, le communiqué, le dossier, une photo… sont accessibles à tout un chacun sur le site de l’élu ou de la ville. »

6/ Plus généralement, quel regard portez-vous sur les journalistes et les médias aujourd’hui ?

« Un sentiment mitigé. Un profond gâchis du côté de la télé, qui déploie des moyens colossaux pour couvrir des embouteillages lors des départs de vacances, monte des duplex pour dire qu’il fait chaud, ou qu’il pleut. L’impression que l’écume des choses prévaut sur le fond. Je pense que les journalistes en souffrent. Ils dépendent d’un système économique qui pousse à la chasse aux clics et il faut donc être le premier à bâtonner la dépêche, rédiger le titre qui va cartonner dans Google News. Le manque de place dans la presse papier ou de minutes radio / télé poussait à hiérarchiser.

Aujourd’hui, on peut tout couvrir, jusqu’à l’insignifiant. Cela permet une couverture parfois plus pointue d’un événement ou d’un sujet, mais c’est parfois fatigant ; sur les petites phrases, par exemple, ou les gaffes et les couacs, décortiqués jusqu’à la nausée. »

7/ Quel épisode, ou anecdote, dans votre carrière, illustre la complexité du rôle mais aussi son intérêt ?

« Je ne peux pas ne pas évoquer la tempête médiatique qui a suivi l’annonce par Dominique Voynet de sa non candidature. Si la maire l’avait souhaité, elle aurait pu être sur des plateaux du mardi matin au vendredi soir, plus les éditions du week-end. Dans ces moments, le boulot nécessite réactivité et sens du tri ; il faut savoir garder la tête froide face à l’afflux de demandes. Pour faire le lien avec la question précédente, c’était un peu énervant de voir toutes ces demandes alors qu’on galère à promouvoir la ville et les politiques qui y sont menées en temps habituel. Cette séquence était la preuve que pour peu qu’on offre aux médias ce qu’ils attendent, à savoir un bon storytelling et un coup de théâtre, ils viennent. Mais la complexité est plus difficile à vendre. »

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